Voyages & Découvertes

La chasse aux canards.

jeudi 9 août 2012 par Mardaga

Monrovia, le 31 juillet 2011.

Tout commence par une simple conversation avec Sanjay, mon colocataire, à propos de choses et d’autres, de la vie à la campagne et des expériences communes de notre jeunesse à conduire les vaches aux prés. Puis je parle d’une amie, Daniela, en mission au Tchad qui me racontait qu’elle avait un canard très sympa. « Un canard ! » mais voilà une idée sympathique et pourquoi pas deux afin de former une famille ?

J’en parle autour de moi au travail et un gardien me dit qu’il peut facilement m’en procurer. Bon un peu cher pour moi, mais on verra au moment de l’achat. Il me dit posséder une ménagerie avec plusieurs animaux de ferme. Rendez-vous sera pris par téléphone pour ce w-e.

Dimanche après-midi, je lui téléphone et il me donne rendez-vous. Sanjay et moi, nous y allons et nous le retrouvons au bord de la route pour nous conduire chez lui. Alors il entame une conversation avec quelqu’un d’autre puis me dit que cette personne sait où trouver la clef de l’enclos et doit la chercher de l’autre côte de la ville. Quoi ! Qu’est-ce que cette magouille ? Pourquoi ne me l’avoir pas dit au téléphone plus tôt ? Il essaye tant bien que mal de me mettre dans ma culpabilité (un sport national ici) en disant que je ne l’ai pas contacter plus tôt et qu’il est pris au dépourvu. Il me propose de m’apporter les canards demain au boulot. Je refuse et exige de les voir d’abord pour les choisir. Il hésite et me baragouine quelques excuses. Puis me demande : « Que fait-on maintenant ? » Bon, je lui dis, calmement, que quand il sera prêt, qu’il m’appelle.

Au moment de rentrer, nous décidons de partir en exploration et au lieu de prendre à gauche, nous prenons à droite en continuant la route vers le fleuve. De plus je désire voir ce qu’est devenu Island Hospital que MSF a quitté. La maternité est maintenant à l’abandon, il n’y a plus les petites échoppes et les gargotes comme celle de Mamusu, lieu de rencontre à la pause de midi avec les infirmières et les femmes avec leur bébé. L’endroit est maintenant désert et il me reste la nostalgie de moments merveilleux. Au bout de la piste, nous devons faire demi-tour. A ce moment, j’aperçois Brooks un ancien gardien du compound qui est sur la terrasse de la maison de son père en train de manger. Je l’appelle et me reconnaît, on parle de la vie et nous lui disons que nous sommes à la recherche de canards à acheter. Je peux vous aider, nous dit-il, et nous voilà parti ensemble.

Après avoir laisser la voiture près d’un atelier de mécanique, nous marchons entre les flaques boueuses puis arrivons à un groupement de maisons qui est la communauté où il habite. Il nous met en contact avec un intermédiaire qui parle à une dame restée a l’intérieure de sa maison. Après un quiproquo au niveau de la taille : non pas un gros dodu pour mettre dans la casserole, mais deux jeunes : un mâle et une femelle. Pas de problème : il y a ici une famille complète. On s’entend sur le prix : deux jeunes pour le prix d’un dodu. La femme sort intéressée, un voisin se rapplique pour partager une cigarette et Brooks attrape les deux canetons. Je propose de prendre une photo et discrètement une garçon se joint. Après la prise de vue, il saute de joie et nous rigolons tous.

Tiens ? Comment reconnaître un mâle d’une femelle ? C’est facile me dit une femme, c’est comme les humains : les hommes sont grands et forts, les femmes sont petites et menues ! Bon on va pas discuter, la nuit tombe et nous devons rentrer à la voiture. Sanjay me fait remarquer la mère canne qui nous observe et je ne peux m’empêcher de la remercier et la rassurer.

De retour à la maison, les canetons sont apeurés. Mais Sanjay sait y faire, plus par intuition que par connaissance pratique. Après quelques jours, les voilà habitués à leur environnement et ils se baladent librement. Au début, les voisins me téléphonent pour me faire savoir qu’ils sont dans leur jardin mais maintenant ils font partie du paysage. Bon va falloir maintenant leur donner un nom et ce sera Zig et Zag. J’attends avec impatience de voir une famille complète se développer avec leurs caquetages et leur marche en file indienne. Mais pardi ! Ce sont un frère et une sœur ! Va falloir s’en procurer d’autres !


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