Voyages & Découvertes

Visite au camp de déplacés de Tankoma à Gitega

samedi 10 novembre 2007 par Mardaga

En visite à Gitega, Frédérique Lecomte (réalisatrice de théâtre) me propose de l’accompagner dans un camp de déplacés pour un atelier théâtre. "Si tu entres, tu ne peux sortir et dois attendre la fin du travail". Me voilà prévenu.

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L’atelier théâtre

Les déplacés sont en fait des réfugiés dans leur propre pays : voilà le paradoxe. Ce sont des personnes ayant connues des atrocités (le mot est léger), des rescapés de massacres. Les assassins sont en prison, exilés ou toujours sur les collines. Le déplacé n’a plus rien : la plupart de sa famille a disparue, sa maison, ses biens et ses parcelles aux mains de voleurs ou des assassins. Le déplacé est cantonné dans un camp avec le minimum de subsistance, un toit qui perce et qui rend le sol boueux, pas de médecin, pas de cahier, pas de , pas de , etc... bref RIEN. Seulement leurs cauchemars, la spoliation de leurs biens, la non reconnaissance officielle de l’état de victime.

Ce sont pourtant des personnes dignes, sincères et prêtes à pardonner si le coupable reconnait ses fautes. Ils sont des laissés pour compte et passent dans la rubrique pertes & profits. Ils ont peurs de retourner car la mort les attend chez eux.

Nous avons apportés pour les participants sucre/huile/riz/savon. Pas de fournitures scolaires. La mendicité est maximale à la limite de l’agressivité quand il n’y a pas l’espoir de recevoir un petit quelque chose. Les adolescents désœuvrés demandent à participer à l’atelier théâtre, demandent des équipement sportifs, des livres, de la musique.

Dès l’entrée dans le camp, Émerite 8 ans, m’aborde. Il me parle lentement, me demande dans le peu de français qu’il connait : des chaussures ? - je n’ai pas de chaussures - un bic ? - je n’ai pas de bic - un cahier ? - je n’ai pas de cahier. Tu t’appelles donc Émilie ? T’es une grande fille ! "Arrête de faire le malin, Stephan, arrête de parler comme une boite à musique". Que dire, que faire quand il y a cinquante enfants autour de soi qui quémandent ?

A la sortie de l’atelier, Émerite m’accompagne à nouveau, ainsi que tous les enfants. Il se fait frapper par un plus grand : il prend trop de place, trop l’attention de l’étranger. Il pleure et traine maintenant derrière. Je me fâche et vais le rechercher pour lui prendre la main. On rit de lui, on le dit débile. Je m’interpose et le rassure de ma considération. Dur dur la vie dans les camp.

Après, nous voilà tous réunis dans une case autour d’une boisson. Tout le reste du camp est aux portes, aux fenêtres. La lumière vient du plafond : des trous dans le toit en tôle ondulée. L’ambiance est charmante, chaude et chaleureuse.

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Louis

Parmi eux il y a Louis. Grand et digne. Je propose des cigarettes à la ronde, lui refuse poliment. Un moment plus tard, il déchire un bout de papier et se roule une cigarette avec du tabac local. Il sort, l’allume tout en restant dans mon angle de vue. Intéressé, je sors car j’ai acheté la veille du tabac local au marché. Je lui demande de tirer une taffe à sa clope. Le tabac est délicieux, doux et sucré. Je me délecte. Il me montre alors un morceau de papier journal dans lequel se trouve la boule de tabac et me dit que cela vaut 50 Fbu (2 cents d’Euro). Je pars dans des explications bien matérielles, auto valorisantes. Aveuglé par mon égo, je ne me mets pas à son écoute : veut-il me dire quelque chose, a-t-il quelque chose à me dire ? A la fin de la cigarette, je sais que j’ai raté le coche. Ce n’est pas au muzungu de visite au Burundi qui soigne sa culpabilité avec qui il désire communiquer, mais à l’homme les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Il est digne et restera digne : ce fut pour moi est une grande leçon d’humilité.

Au moment de partir, dans la voiture, Émerite quémande de l’argent. Je me durcis, je ne veux pas donner de l’argent seulement à lui. Je veux être juste et équitable avec tout le monde : belle philosophie inutile !

Gitega, le 10 novembre 2003

p.s. le plus incroyable : des ateliers théâtres furent organisés également à la prison de Gitega avec les prisonniers et puis ensemble avec les déplacés. Durant ces ateliers communs, une déplacée est tombée amoureuse d’un prisonnier et ils se sont mariés !


Les ateliers théâtre sont animés par Frédérique Lecomte, réalisatrice.
Je vous suggère d’aller jeter un coup d’œil sur le site de son association : Le Château de Barbe Bleue - Théâtre et réconcilation

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Prison de Gitega

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